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Alchemic Dream


 
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  Histoire

La fondation de Salandorf

Compte-rendu de l’arrivée des disciples de Salan en Aryiure et leur établissement sur cet imposant continent au cours de la période 2828 – 2850 GR

Roland de Feleth, 2869 GR

Edité par Dr Galad de l’Université de Salandorf, 3194 GR

Chapitre premier – Où la Lumière d’Adell est révélée au Seigneur Salan et où la flotte prend la mer. 

A cette époque [aux alentours de 2824 – G.], de nombreuses discordes parcouraient les territoires d’Ellkana. La sécheresse qui y sévissait depuis près de quatre ans arrivait enfin à son terme, mais la terre ne parvenait pas à retrouver son abondance. Beaucoup se plaignaient des importantes pluies balayant la terre craquelée. L’alternance de la sécheresse et des pluies fut imputée à la corruption et à la faiblesse de la cour du Régent Magnus. Adell avait détourné sa sainte Lumière et le peuple souffrait.

Les années de sécheresse avaient rendu la terre stérile. Les entrepôts de grain étaient vides. La plupart des créatures du domaine et des forêts avaient été abattues depuis longtemps. La seule source d’alimentation restante était la mer. Mais les pluies et les orages fréquents rendaient désormais la pêche périlleuse. 

Le Régent Magnus prit une mesure désespérée. Tous les citoyens inaptes au travail à la ferme en dehors des enfants seraient exécutés. « La lie de notre nation doit être purgée afin d’assurer la survie de la race ». Les femmes n’auraient également plus droit qu’à un seul enfant. La peine pour la transgression de cet arrêté était la mort de la femme et de l’enfant.

Les décrets rencontrèrent l’opposition de la Sainte Eglise et de bien d’autres. Entre autres parce qu’il mena à l’exécution du Roi Carten, malheureusement faible d’esprit, laissant ainsi les pleins pouvoirs à Magnus. Mais les dissidents furent sévèrement réprimés. 

Dans la province d’Isharin, la Lumière d’Adell brillait encore. L’Amiral et Seigneur Salan était alors l’autocrate de la cité de Thuladren. Dieu lui était apparu en rêve, lui ordonnant de partir à la recherche d’une nouvelle terre pour son peuple. En se réveillant de sa vision, le Seigneur garda sa révélation pour lui et ses plus proches conseillers, sachant pertinemment que le tyran Magnus s’opposerait autant que possible à la volonté divine.

Cinq des imposants navires de la flotte de l’Amiral, menés par des capitaines de confiance, prirent la mer. Ils naviguèrent vers l’orient d’où s’élevait la Lumière du Monde. Après six mois, trois des cinq navires étaient de retour, les autres étant perdus. Ils apportaient de grandes nouvelles au Seigneur Salan. Il y avait un nouveau continent au sud-est, une terre verdoyante et agréable. Même si quelques tribus sauvages occupaient les côtes, elles étaient peu nombreuses et primitives. 

Le Seigneur Salan fut très heureux d’apprendre la nouvelle. Il rendit grâce au Saint Adell. « Nous suivrons Ta volonté au nom de la Lumière », fit-il serment. Prétextant vouloir améliorer le rendement de la pêche en mer, il fit construire de nouveaux navires et fit agrandir ceux existant déjà. En secret, des réserves de nourriture furent stockées en prévision de la traversée. Il en fit de même en toute discrétion pour les outils et l’équipement nécessaires à leur installation sur le nouveau continent.

Le capitaine Solander se vit confier une mission particulière. Il naviguerait jusqu’au nouveau continent pour le surveiller sans attirer l’attention des natifs. Le capitaine, guidé par la Lumière, remplit sa mission avec succès. Il établit son campement de base sur une île connue de nos jours sous le nom d’île de Solander. Il effectua de nombreux voyages discrets sur le continent pour en découvrir les secrets. Lorsque le temps fut venu pour la flotte de prendre la mer, l’emplacement de la nouvelle colonie avait déjà été choisi. 

Pendant ce temps, la situation avait évolué en Ellkana. Les récoltes de l’année 2825 avaient été abondantes. La baisse dramatique de la population apportait plus de nourriture à tout un chacun qu’auparavant. Les animaux réapparaissaient et l’élevage de bétail, moutons et chevaux reprenait. Les récoltes abondantes se prolongèrent en 2826 et 2827. Le peuple était cependant lourdement accablé. Magnus levait des taxes pour payer une série de célébrations fastueuses. Et la loi de « l’enfant unique » était maintenue plus sévèrement que jamais.

Lorsque tout fut prêt, le Seigneur et Amiral Salan révéla son rêve au peuple de Thuladren. L’évêque d’Isharin, un certain Tomas Ytilyn, était déjà au courant de la situation et permit ainsi au Seigneur Salan d’utiliser les marches de la cathédrale pour son discours. De par leurs prérogatives, l’évêque et ses prêtres s’employèrent à montrer le soutien de la Sainte Eglise à l’autocrate. Dans le parc de la cité, une compagnie de 7ème de cavalerie apporta son aide de façon temporaire.

« Bonnes gens », annonça le Seigneur Salan à la foule, « Je parle au nom du Saint Adell et sous son Regard. Que sa Lumière vous éclaire à jamais. Sachez que dans sa grande sagesse, Adell m’a ordonné de trouver de nouvelles terres où ses fidèles pourraient fuir la tyrannie de Magnus et la déchéance qui s’est abattue sur notre pays. Sachez aussi que des navires sous mes ordres ont trouvé cette terre que ses habitants primitifs appellent Aryiure. C’est un endroit doux et verdoyant qui s’offre à nous. »

« Maintenant, je me permets d’être un peu brusque. Je sais avec certitude qu’en ce moment même où je vous parle, des oiseaux messagers volent déjà vers le tyran. Bientôt ses légions marcheront sur nous. C’est pourquoi il nous faut faire vite. Je ne peux emmener que six mille âmes avec moi. La 13ème légion, la 7ème de cavalerie et la compagnie de balistes d’Isharin et leur famille m’accompagneront. J’ai donc assez de place pour trois mille cinq cents colons. A l’ouest du parc se trouvent des bureaux où vous attendent mes clercs. Commerçants et fermiers seront prioritaires. L’évêque ici présent sera des nôtres pour nous assurer la bénédiction d’Adell dans cette expédition. Nous nous préparons à façonner un nouveau royaume sous la protection de la Lumière. Rejoignez-nous, nous prendrons la mer dans trois jours. »

Les embarcations furent prêtes en temps et en heure. Le secret dans lequel s’était préparée l’aventure semblait avoir été maintenu. En effet, la Lumière d’Adell brillait sur eux, et tous rendirent grâce à Son Nom. Il y eut quelques escarmouches avec la garde avancée du Tyran, mais aucune menace ne s’éleva contre les navires. C’est donc en Wautren, le 10 Merinad de cette année 2828, que la grande flotte prit la mer.

Chapitre Second – Où les fidèles sont amenés jusqu’aux rivages sous la Protection bienveillante d’Adell.

Lorsque les navires quittèrent le port, une grande tempête se leva. Sous les vents hurlants, les vagues s’élevèrent plus haut que les mâts des vaisseaux et tous les voyageurs craignirent le pire, mais rien ne leur arriva. Par la suite, tous les timoniers affirmèrent avoir vu une lumière dorée à travers l’écume et ils l’avaient suivie. Ainsi, le Saint Adell avait mené ses ouailles en sécurité. Et le Seigneur Jolos ne nous a-t-il pas mené sans mal à travers l’orage et ne nous a-t-il pas amené en zone sûre ? [Nous reconnaissons maintenant que Jolos n’est pas un dieu à part – G.].

Mais chaque vague qui permettait à la sainte flotte de faire route loin de son courroux confondait le tyran. Des navires furent lancés à leur poursuite mais ils s’échouèrent sur les rochers ou sombrèrent en mer. C’est ainsi que les dieux montrèrent leur mépris envers le maléfique Magnus, envoyant ses laquais rejoindre précocement la roue de la vie et de la mort. Priez pour que leurs âmes, lors de leur renaissance, jouissent enfin d’yeux sensibles à la Lumière.
 

Le voyage en lui-même fut très long. Même si les navires étaient bien approvisionnés et que les vents leur étaient favorables, quelques âmes rejoignirent la roue. Mais en dépit des épreuves et des privations imposées par les mois en mer, auxquelles on dut ajouter l’exécution de Sir Amenar et la disparition de Dame Margerre, la terre fut en vue le 13 Laraoch. La joie explosa à bord de la flotte. Des prières de remerciement furent dédiées à Jolos, dieu des eaux, pour les avoir menés à bon port.

Nulle âme ne douta qu’ils avaient atteint leur objectif. Une des chaloupes de la flotte, partie en éclaireur, revint avec la nouvelle qu’ils étaient bien sur la route de l’île de Solander. Oui, Adell lui-même guidait ses fidèles. Sous Son Regard et baignés de Sa Lumière, nous ne pouvons que réussir. Priez maintenant, vous qui lisez ceci, pour que vous aussi puissiez bénéficier d’une vie dans la Lumière.

Les imposants navires jetèrent alors l’ancre en mer pour rester hors de vue de la côte. Lorsque la nuit tomba, deux vaisseaux transportant les première et seconde Centuries s’approchèrent de la côte. Une batterie de balistes les accompagna ainsi qu’une unité de cavalerie. Navigant dans ces eaux connues, les navires débarquèrent en toute sécurité leurs troupes avant que la Lumière d’Adell ne se lève. L’Amiral et Seigneur Salan fut le premier à terre. On dit qu’il bondit sur la plage, glissa et tomba dans l’eau. Tous furent consternés par ce présage. Alors notre chef intrépide se mit à rire et dit, « le Seigneur Jolos a veillé sur nous pendant des mois. Maintenant nous quittons son domaine pour celui du Saint Dalimersh. » Il se releva en ajoutant, « Voyez comme le Seigneur des Forêts m’accepte dans ses bras. »

Ils avaient accosté à l’embouchure de la rivière Enibnis. Un peu en amont se trouvait un village rudimentaire de natifs, se faisant appeler Aryiuriens, que l’on appelait Karbass dans leur langue [La future Salandorf – G.]. Lorsque les rayons de la Lumière d’Adell écartèrent l’obscurité pour annoncer la venue d’un nouveau jour, les paysans se réveillèrent encerclés par nos braves troupes. Le Seigneur Salan, maintenant monté sur son destrier, « Blackface », s’avança vers les villageois regroupés.

« Que la paix soit sur vous sous la Lumière », dit-il dans leur langue. « Nous ne vous voulons aucun mal. Nous venons de terres lointaines pour vous offrir les moyens de mener une vie nouvelle telle que dorénavant ce jour sera célébré parmi les vôtres. » 

Le chef du village rudimentaire, un « porte parole » comme il se faisait appeler, s’avança alors et inclina la tête devant le Seigneur Salan. « Mon Seigneur, nous vous souhaitons la bienvenue ici. Qui sommes nous pour nous opposer à la volonté des dieux sur quatre pattes et des hommes d’acier? Tout ce qui nous appartient est désormais vôtre. »

Le Seigneur Salan rit joyeusement de l’ignorance du manant et descendit de Blackface. « Non », réprimanda-t-il, « Nous ne sommes pas des dieux. Par la Sainte Lumière d’Adell et sous Son Regard, nous sommes des hommes comme vous, et nous ne voulons que paix et amitié. Venez, restaurons-nous ensemble et nous pourrons mieux discuter de nos affaires. » 

Le Seigneur mena le porte-parole jusqu’à un pavillon où avait été préparé un repas. Alors qu’ils se restauraient, ils parvinrent à un accord. Les fidèles seraient les bienvenus sur les terres et les Aryiuriens apporteraient l’aide de leur peuple. Pour sceller ce pacte, le Seigneur Salan offrit au chef tribal un poignard de métal, un miroir et un rouleau de soie rouge. De joie, la batterie tira une salve de projectiles dans les bois proches. Les exclamations des paysans s’élevèrent en voyant la puissance de nos troupes.

Le Seigneur Salan envoya alors une chaloupe pour ramener la flotte dans la baie. A la nuit tombée, la plupart des troupes avaient débarqué. Les patrouilles de la cavalerie partirent en éclaireur dans les environs immédiats et estimèrent qu’il n’y avait aucun danger. Sous le regard d’Adell et par la grâce des Seigneurs Jolos et Dalimersh, nous avions trouvé notre nouvelle patrie. 

[Ce compte-rendu est très certainement fiable dans son ensemble. Mais cette partie peut être discutée puisque Nedelon, dont les écrits datent de 2884, parle du massacre des villageois. Il est possible qu’il y  eut un ou deux morts, mais au vu de la suite des écrits de Nedelon, ce dernier a visiblement été chercher son « histoire » dans une taverne. Tout étudiant comprendra bien sûr que les paroles attribuées au Seigneur Salan et au porte-parole relèvent plus de l’imagination de l’auteur que de la réalité. Elles reflètent cependant certainement le sens de la discussion – G.]

[Un élément ayant intrigué les esprits tortueux est de savoir comment le Seigneur Salan avait pu ainsi parler aux natifs dans leur propre langue. Sans doute le capitaine Solander a-t-il fait un prisonnier ou deux durant sa reconnaissance. Mais je reconnais qu’il n’y en a aucune preuve. C’est cependant une possibilité tout à fait plausible au vu des faits – G.]  

Troisième Chapitre – Où la cité est fondée. L’avènement du Roi natif. Le Traité de Limarr.

Le reste de la flotte accosta. La joie était immense. De longues prières s’élevèrent vers Adell le Saint. L’évêque Tomas, maintenant Patriarche du Nouveau Monde [un point qui n’avait pas échappé à son esprit lorsqu’il avait décidé de se lancer dans l’aventure. Tomas est généralement considéré comme un être arrogant et ambitieux – G.], tint une messe de remerciement sur la plage. Les colons nouvellement arrivés se mirent à bâtir un camp rudimentaire et la légion le fortifia avec une palissade. Cette nuit-là nous avons dormi pour la première fois sur le sol qui deviendrait notre patrie. 

La colonie prospéra au cours des semaines puis des mois qui suivirent. Nous nous retrouvions sur une terre au climat ensoleillé, à la terre riche et au gibier abondant. Les Aryiuriens, qui n’avaient que des connaissances rudimentaires en agriculture, nous observaient alors que nous labourions et semions. Ils crurent tout d’abord que nous tenions une sorte de cérémonie religieuse. Mais quand le maïs commença à sortir de terre et mûrir jusqu’à la récolte, ils comprirent la vérité. Lorsqu’ils mangèrent la nourriture saine et le grain obtenu, ils se convertirent rapidement à cette nouvelle alimentation.

Il y eut quelques dissensions au sein de notre nouvelle cité. Le village des natifs occupait une position plus favorable à différents niveaux. Il était situé sur une colline qui en facilitait la défense, avec des sources d’eau pour en assurer l’alimentation et avec un accès facile à la rivière et à la mer. Les explorateurs trouvèrent des gisements calcaires et granitiques à portée de main et nos premiers bâtiments construits furent des quais et des greniers. Il était maintenant temps de bâtir la cité. Les villageois devraient être déplacés. 

Mais les villageois refusèrent de déplacer. Une compagnie de la légion rasa les bâtiments et expulsa les natifs par la même occasion. Ceux qui s’obstinaient à résister furent tués. Les villageois survivants fuirent vers l’intérieur des terres. La construction de la cité put enfin commencer.

Cependant, au printemps [de l’année 2829 – G.] les villageois revinrent au sein d’une armée tribale menée par le roi des Aryiuriens. Il y eut quelques escarmouches et certains de nos soldats y laissèrent la vie. Le Seigneur Salan était en colère. « Qui sont ces barbares sauvages, privés de Lumière, pour s’opposer à l’œuvre de Dieu ? » s’exclama-t-il. Toutes nos forces furent rassemblées et marchèrent sur le campement des natifs situé sur une colline portant le nom d’un de leurs dieux, Limarr. 

A l’approche de nos hommes, les barbares prirent peur. Certains fuirent, d’autres se cachèrent, mais la plupart vinrent à la rencontre de la légion à grand renfort de larmes et de lamentations, priant pour qu’on les épargne. Le Seigneur Salan vit leur détresse et leur repentir, et il en fut heureux comme un père dont le fils rebelle aurait tiré leçon de ses erreurs. Son courroux disparut et il invita le roi à le rencontrer sous sa tente.

Il offrit alors au roi sauvage de splendides présents d’une richesse que les barbares n’avaient jamais vue dans leurs rêves les plus fous. Un grand festin fut aussi organisé pour les suivants du roi qui purent ainsi tous goûter à la générosité accordée à ceux qui embrassaient la Lumière d’Adell. Au cours des jours suivants, le Seigneur Salan et le roi, assistés des prêtres d’Adell, parvinrent à un accord. Le Roi cédait au Seigneur Salan l’emplacement de la cité. Les terres autour de la Cité, autrement dit la partie qui avait été labourée, étaient accessibles à tous pour la chasse et la cueillette. Ces accords furent étendus à la région entre les rivières Gielanne et Berivu et à la source d’Enibnis. [La région couverte par l’actuelle province de Firstholme – G.]

 





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