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  L’arrivée de Yankris à Yen Taell
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La ville s'éveille, les ombres se dissipent
  L’arrivée de Yankris à Yen Taell

La matinée était plutôt fraîche. Alors que le « Cavalier Medaran » approchait de l’île, l’équipage se rassemblait sur le pont du bateau pour apercevoir ce que les Aethans appelaient Yen Taell. « Ils étaient arrivés » Yankris jeta un œil à la vue qui s’offrait à lui.

Entilla Hin contrastait avec l’île et les hautes montagnes derrière elle. La plus petite île et la plus grande côte avaient des points communs avec ce qu’ils avaient l’habitude de voir dans les Paleyans, mais les montagnes qu’on voyait au loin étaient plus hautes que tout ce qu’ils avaient pu connaître auparavant, en dehors des quelques matelots qui y étaient déjà venus, bien sûr. En dehors de son ancienne esclave Lafatiya, qui comptait tant à ses yeux désormais, il y en avait deux autres esclaves à bord, ceux-ci avaient conté plus d’une histoire sur cet endroit au cours du voyage. La plupart de leurs histoires concernaient d’étranges peuples mystérieux habitant Aryiure et la grande diversité de la géographie de la petite île, son désert aride, ses marais, ses hautes montagnes. Ils les mirent plus particulièrement en garde contre le peuple des marais, ou les Drulons comme on les appelle. Apparemment, ces derniers n’étaient pas très amicaux et se démarquaient des autres cultures, sans oublier leur tendance à régler tout problème par la violence.

Yankris accordait plus de crédit à ce que lui avait raconté Lafatiya qu’en ces deux autres esclaves, mais si leurs histoires au sujet d’Aryiure étaient vraies, cela semblait être un endroit sans pareille et leur voyage n’y serait sans doute pas facile non plus. Ils avaient dû naviguer pendant une semaine en empruntant des passages à proximité des falaises où les courants étaient puissants et où on trouvait de petits tourbillons, tout ceci était d’ailleurs certainement à l’origine de l’isolement de cette île depuis si longtemps. Heureusement, les navires de Medana avaient déjà écumé ces eaux et en avaient établi une carte précise, sans cela, ce n’aurait pas été un voyage très agréable.

« Tous à votre poste ! » hurla Tretend Belsek, capitaine du bateau, et chacun retourna à ses occupations. Le travail de Yankris était déjà terminé : il avait vérifié sur les cartes maritimes qu’ils étaient sur la bonne route. Il se dirigea alors en boitant sur sa mauvaise jambe vers le Capitaine qui se tenait à la balustrade, regardant au loin avec attention.

« Cap’taine Belsek… », commença-t-il.

« Ouais ? » répondit le Capitaine sans se retourner.

« Nous n’avons pas vraiment discuté de nos accords après notre accostage. » Yankris marqua une pause, se plaçant en boitant aux côtés du Capitaine et jetant un regard par-dessus la balustrade en direction de l’île. La baie naturelle de la côte nord était désormais bien visible et quelques bâtiments s’y dessinaient, plus particulièrement le sommet de la construction hasardeuse du Deldrim.

Avant de continuer, Yankris jeta un regard vers l’arrière aux deux autres caravelles de modèle Sningehan qui les suivaient, « comme… laquelle de ces deux-là allez-vous ramener avec vous dans les Paleyans ? »

Le Capitaine haussa les épaules, « je suppose que ce n’est pas encore décidé. Vous avez une préférence sur celle qui doit rester ? »

Yankris caressa la balustrade de la main, « Hé bien… Je suppose que nous aimerions tous deux naviguer sur celle que nous connaissons le mieux. Je préférerais en effet garder le Cavalier Medaran à Yen Taell … mais vous et le reste des gars qui rentrent au pays avez un dur voyage devant vous et si je ne me trompe, vous commanderez cette petite expédition… »

« Y a de ça, oui… » dit le Capitaine en détachant une longue-vue en cuir de sa ceinture.

Il porta la lunette à son oeil et continua, « Nous prendrons certainement le navire le moins endommagé en effet. Le temps de les inspecter rapidement, de réparer celui qui sera en meilleur état et nous reprendrons la mer.»

Yankris hocha la tête lentement. « Je resterai à Entilla jusqu’à votre départ avant de commencer à établir une route.»

« Ça me parait bien… Pas de regrets quant à votre décision ? » dit le capitaine.

Yankris réfléchit un moment. Il devait admettre qu’il se sentait un peu nerveux. Peu sont ceux à bord du « Cavalier Medaran » qui avaient prévu de rester, et il était peu probable que Medana envoie d’autres navires par ici, ou du moins pas avant un an. Essayer d’établir une voie maritime jusqu’à Sakril et commercer avec les Sakoiens ne serait pas une mince affaire, mais il avait espéré que cette relation avec Lafatiya l’aiderait et qu’il trouverait le bonheur en lui permettant de retrouver sa famille. Il ne pouvait plus faire marche arrière.

Yankris haussa les épaules. « Non, ma vie est ici, je suis juste un peu nerveux pour l’avenir. D’après ce que j’ai entendu dire, les choses ne sont pas encore très organisées à Entilla. Avec tous les traîne-savates de la région, on pourrait se faire voler nos navires, surtout après votre départ. Ne risque-t-on pas d’y laisser notre peau ? À quel point la négociation avec les Sakoiens sera-t-elle difficile ? Et si la route de Sakril n’était pas rentable, quelle serait la réaction de l’équipage ? De nombreuses questions me viennent à l’esprit… c’est tout. »

« Je suis sûr que vous vous en sortirez très bien », le rassura-t-il avec un petit sourire, puis il reprit, « Pour ce que j’en sais, vous avez survécu à pire.»

Yankris gloussa. « Vous êtes bien renseigné… Quoi qu’il advienne, cela ne saurait être pire que ma visite à Grinorea Hin… »

Le Capitaine hocha la tête en baissant sa longue-vue et se retourna pour crier quelques ordres afin que le navire vire de bord vers le port en direction de l’île. Yankris resta simplement là, accroché à la balustrade, surveillant leur lente approche, il pouvait commencer à distinguer quelques bâtiments et même des personnes. Alors que le navire s’engageait dans la baie naturelle, il sentit une main se poser sur son épaule et il regarda à ses côtés.

« Comment te sens-tu, Lafatyia ? », demanda-t-il en la voyant à ses côtés, « Ça te fait quel effet de te savoir si près de chez toi ? »

Elle sourit timidement. « C’est… difficile à croire… et ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. »

Yankris contempla la ville d’Entilla. Une foule de marins aethans apparemment s’était regroupée sur la baie ou se tenait sur le pas de leur porte en regardant leur bateau accoster. Il se demanda ce qu’ils pouvaient bien en penser. « Seraient-ils bien accueillis ? S’agissait-il vraiment là de leur nouvelle patrie ? »

« Oui, ça ressemble assez à Grinorea Hin, tu ne trouves pas ? ... Il va falloir être patiente… Il va nous falloir attendre encore quelques temps avant de pouvoir reprendre la mer pour rejoindre le désert », dit Yankris tout en écoutant les marins baisser les voiles et jeter l’ancre.

Il sourit doucement à Lafatiya et s’approcha d’elle pour la prendre et la serrer dans ses bras.

Elle rit, « Que fais-tu ? »

Yankris continua à sourire et avança au milieu du pont où l’on s’apprêtait à poser la passerelle sur le quai. L’homme venait juste de terminer lorsque Yankris arriva à son niveau et lui jeta un regard comme pour lui demander si tout était en ordre et s’il pouvait débarquer.

Lorsque l’homme hocha la tête, Yankris se tourna vers Lafatiya, « Allez, viens, allons voir à quoi ressemble cet endroit ! »



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